ico cc40Cinq ans après les TI-57, 58 et 59, Texas Instruments n'avait pas sorti de nouveauté, sinon une TI-88 morte avant d'avoir vécu (annoncée, présentée, jamais commercialisée). Il fallait vraiment quelque chose, et ce fut en 1983 le Compact Computer 40, ou CC-40.

Une machine fort intéressante au demeurant, mais mal définie, et surtout sans périphériques essentiels...annoncés aussi, ils subirent le même sort de la TI-88 : jamais au point, jamais commercialisés, à tel point que Texas Instruments, déjà empêtré dans les difficultés de commercialisation de son TI-99/4, mettra fin à la commercialisation du CC-40 six mois après sa sortie, et finira par abandonner l'informatique personnelle

 

tilogo

 

Il n'en reste pas moins une machine fort intéressante (avec notamment un Basic performant, inspiré de celui du TI-99 (et que l'on retrouvera dans les TI-74 et EXL-100), certes encombrante, mais finalement un assez bon compromis entre les "pockets" et les transportables de l'époque. Son prix élevé et surtout l'absence totale de possibilité de sauvegarde magnétique le rendra invendable...

 

La machine

Elle se présente dans un assez gros boîtier en plastique gris plus ou moins métallisé d'une belle finition, laissant apparaître un grand afficheur (malheureusement d'une seule ligne de 31 caractères, plus 16 indicateurs divers), un grand clavier de 68 touches très confortable (mais bizarrement conçu : avec un pavé numérique, pourquoi remettre les chiffres en accès direct sur la première rangée du clavier Qwerty ?), une trappe au-dessus de quatre touches (qui n'est que le logement pour modules enfichables et non une microcassette comme l'on pourrait penser). Bref, l'originalité TI !

Au dos (métallique et chromé, s'il vous plaît !) se trouvent la trappe à piles (peu pratiques à engager) et un pied rabattable pour utiliser le CC-40 en position inclinée, très bien conçu. Il ne reste plus que la prise pour adaptateur-secteur et la connexion HexBus pour de nombreux périphériques annoncés et l'on a fait le tour de cette machine simple mais esthétique, malgré des dimensions qui ne rentrent plus du tout dans une poche... A remarquer : pas d'étui d'origine !

 

Utilisation directe

Calculs direct aisés, avec les fonctions essentielles (trigonométriques et leurs inverses, logarithmiques, racines et puissances) sur 13 chiffres significatifs (dont dix affichés, avec éventuellement un exposant allant jusqu'à +/-127), sans avoir besoin comme certains concurrents de passer par un PRINT préalable, c'est pratique. D'autant que SHIFT PB permet de rappeler la dernière expression entrée et donc de la modifier, ce que Casio ne saura jamais faire...De même, les messages d'erreurs sont en toutes lettres, et en deux langues au choix : anglais ou allemand, par CALL SETLANG(0) ou (1).

A remarquer qu'à la première mise en service, cet ordinateur est en mode angulaire "radians", alors que tous ses concurrents sont en "degrés"...volonté de se démarquer ou d'affirmer le caractère matheux de cette machine ?

 

cc40

 

Programmation

Contrairement à l'habitude, pas de mode "calcul" et "programme" séparés : si un nombre est suivi d'un espace, alors c'est le début d'une ligne de programme, sinon c'est un calcul. Finalement aussi pratique que les touches MODE de Sharp ou de Casio... Et l'on programme ainsi aisément dans un Basic riche, très riche : il connaît les procédures (SUB, SUBEND appelés par CALL) avec variables locales (implicites) ou globales (par ATTACH et RELEASE), les ON..ERROR, ON..BREAK, IF..THEN..ELSE imbriqués, la gestion de fichiers internes ou externes (OPEN#, PRINT#, INPUT# ou LINPUT#, CLOSE#, EOF) et dispose des ordres DISPLAY et ACCEPT permettant de formatter entrées au clavier comme sorties à l'écran de manière beaucoup plus efficaces que les habituels (et disponibles) PRINT et INPUT. Bref, c'est beaucoup plus riche que ce qu'on avait vu auparavant (sauf peut-être celui de son concitoyen et néanmoins concurrent HP-75C...). Rajoutez-y NUMBER et RENUMBER, dix touches programmables (celles du pavé numérique, appelées par FN), six indicateurs programmables à l'affichage (CALL INDIC) et sept caractères redéfinissables (CALL CHAR) et l'on ne regrette presque plus l'absence de graphismes ou de son.

De plus, le logement pour cartouche Solid State Software permet, outre la connection de diverses extensions mémoires RAM, d'obtenir directement un panel de programmes prêts-à-l'emploi en ROM dans le même esprit que les TI-58/59 : finance, électricité, mathématiques, statistiques, traitement de textes, le choix est correct (et aurait pu se développer si la carrière de cette machine n'avait pas été si courte).

Et si tout cela ne suffisait pas, un accès complet au langage-machine, par CALL PEEK, CALL POKE, CALL EXEC (lancement d'une routine L.M.), CALL GETMEM et RELMEM (pour réserver une zone de mémoire ou l'annuler), et même un petit moniteur-débogueur est intégré (CALL DEBUG) : il permet d'éditer en hexadécimal, d'exécuter, de mettre des points d'arrêt ou de faire du pas-à-pas ainsi que d'intervenir sur les registres PC (Program Counter) et ST (STatus) du processeur, c'est unique en machines de poche à cette époque (et restera rare, seul le Casio PB-1000 en 1987 en aura un aussi). Il ne manque qu'un assembleur-désassembleur pour toucher la perfection en programmation L.M. (prévu en cartouche). En tous cas de sacrées facilités !

Malheureusement, cela ne va pas sans défauts : une mémoire un peu courte pour la version de base (5742 octets en tout et pour tout), 95 noms de variables maximum par programme et surtout un problème de taille : impossible de conserver la valeur des variables d'un programme à l'autre, ni même d'une exécution à l'autre. Il ne reste plus qu'à CALL POKEr les valeurs à conserver dans un coin de mémoire (plus rustique, tu meurs !). Et surtout impardonnable pour une machine de poche, amenée à servir en saisie de données à plusieurs endroits (donc en plusieurs fois) ! Ou alors de sauvegarder sur support magnétique, mais comme le périphérique idoine n'est jamais sorti...

 

Périphériques dédiés

Une série complète de périphériques étaient prévus, se connectant en boucle sur le port HexBus (sorte de HP-IL simplifié version TI !). Certains ont été commercialisés, d'autres pas finalisés, mais le Wafertape jamais au point a signé l'arrêt de mort de la gamme...En voici une liste (exhaustivité non garantie) :

  • HX-1000 Color Plotter : table traçante sur papier normal de 58mm de largeur, autonome ;
  • HX-1010 Printer 80 : imprimante matricielle 80 caractères, sur papier largeur 216mm thermique ou normal (avec cartouche de ruban de transfert thermique), autonome ;
  • HX-1100 Video Interface : interface vidéo (commercialisation inconnue) ;
  • HX-2000 Wafertape, lecteur de microcartouches à bande magnétique sans fin (jamais mis au point, jamais commercialisé), 64 Ko maximum suivant longueur de bande ;
  • HX-3000 RS-232 : interface série au standard RS-232C ;
  • HX-3100 Modem : modem 300 bauds au standard Bell 103 ;
  • HX-5102 Disk Drive Controller et HX-5202 Disk Drive : lecteur de disquettes 5 pouces 1/4 360 Ko (jamais commercialisé) ;
  • Mechatronic Quick Disk 01: lecteur de disquettes séquentielles format QD 2.8 pouces 64 Ko par face (fabriqué par Mechatronic Sildenfingen (Allemagne) au standard HexBus) ;
  • HX-C08 : cable supplémentaire pour relier tout ce petit monde (20 cm).

De même pour les cartouches Solid State Software de mémoire morte ou vive (liste non exhaustive non plus !) :

  • SS-1000 16 K RAM : extension mémoire ;
  • SS-2000 8 K Constant memory RAM (CRAM) : extension mémoire sauvegardée par pile ;
  • SS-3004 Memo Processor : traitement de textes ;
  • SS-3006 Finance Library : programmes financiers en ROM ;
  • SS-3007 Advanced Electrical Engineering : programmes d'ingénierie électrique en ROM ;
  • SS-3008 Statistics Library : programmes statistiques en ROM ;
  • SS-3009 Mathematics Library : programmes de mathématiques en ROM ;
  • SS-3024 Games : programmes de jeux ;
  • Eprom 8 Ko, 16 Ko (commercialisation inconnue) ;
  • Constant Ram 32 Ko (commercialisation inconnue) ;
  • Editor/Assembler (prototype, non commercialisé).

A noter que les HX-1000, 1100, 2000, 3000 et 3100 étaient conçus pour s'empiler les uns sur les autres d'une manière aussi esthétique que pratique.

 

Quelques ruses

Les Solid State Softwares Cartridges étaient multi-langues : essayez CALL SETLANG(2) et les messages des programmes de la cartouche seront en français !

Quelques détails de syntaxe : CALL PEEK(adresse, variables), CALL POKE(adresse, valeurs), CALL EXEC (adresse, paramètres) ; LEFT$, RIGHT$ et MID$ sont remplacés par SEG$(chaîne, position, longueur) et INKEY$ par CALL KEY(variable de touche pressée, variable d'état) avec 0 comme état si aucune touche pressée ; DELETE pour effacer une ligne, OLD et non SAVE pour sauvegarder (mais sur quoi ?)...L'originalité TI, toujours...

Et pas de sons, disais-je plus haut ? Eh bien si, mais pour l'entendre il faut l'afficher par DISPLAY BEEP, il n'y a que TI pour inventer ça !

 

Evolution

Deux versions de CC-40 ont existé, totalement identiques extérieurement : le CC-40 6 Ko et le 18 Ko, seul un FRE(0) peut les départager...

Devant l'impossibilité de mettre au point le Wafertape, Texas Instruments a étudié une version dotée d'une interface-cassette intégrée, le CC-40+. Hélas, il a suivi l'abandon du CC-40, et seuls quelques exemplaires de présérie ont été fabriqués (boîtier de couleur beige, prise DB9 pour un magnétophone).

Une autre évolution était en cours d'étude quand tout le projet Compact Computer a été arrêté : le CC-70, pour lequel il semblait être prévu un affichage 8x80 caractères graphique, 4 ports pour modules et une mémoire plus importante...

 

Le coin du collectionneur

Sa très courte commercialisation a eu un effet étonnant : en 2013 on en trouvait encore "New Old Stock" : jamais utilisés, en emballage d'origine et peu chers !! Une ou deux palettes de CC-40 ont dû traîner au fond d'un entrepôt avant d'être retrouvées, en tous cas c'est la seule machine de cette époque que l'on peut encore acquérir neuve de nos jours ! Faire attention aux versions : 6 et 18 Ko, elles sont extérieurement identiques.

Cela console de ses périphériques très très difficiles à trouver, sans même parler du CC-40+ et du Wafertape dont il n'a existé qu'une présérie ; quelques exemplaires ont refait surface, mais aucun en bon état de marche à ce jour...et pour cause :

 cc40 faire part

C'était la petite fiche en forme de faire-part, insérée dans l'emballage d'origine du CC-40, annonçant au nouvel acquéreur qu'il venait d'acheter un système sans avenir...

 

Caractéristiques techniques : Texas Instruments Compact Computer 40

Première acquisition : janvier 2002

Microprocesseur : Texas Instruments TMS 70C20 8 bits à 2.5 MHz
Système de calcul : priorité algébrique avec les quatre opérations, puissance, fonctions trigonométriques et leurs inverses (en degrés, radians ou grades), logarithme et exponentielle, racine carrée, puissance, signe, valeur absolue, partie entière sur 13 chiffres significatifs (10 affichés) et exposant +/-127
Langage de programmation : Basic étendu Texas Instruments
Mémoire : 5742 ou 18030 octets de mémoire constante, extensibles (suivant la version)

Afficheur : à cristaux liquides, 1 ligne de 31 caractères en matrices 5x8 + 16 indicateurs (donc 6 programmables)
Connecteurs : alimentation extérieure, Hexbus 8 broches
Dimensions : 236x147x24mm
Poids : 655 g.
Alimentation : 4 piles type IEC LR06, alimentation extérieure possible
Autonomie : 200 heures
Accessoires d'origine : User's guide, Quick reference card, un overlay imprimé avec les ordres Basic accessibles par la touche FN

Date de sortie en France : mars 1983 (première publication dans l'Ordinateur Individuel n°46 et l'Ordinateur de Poche n°11)
Prix : 2750 francs (septembre 1983)

 

Caractéristiques techniques : Texas Instruments Solid State Software Cartridge Statistics

Mémoire : ROM préprogrammée (14 programmes de statistiques)

Dimensions : 52x50x13mm
Poids : 29 g.
Accessoires d'origine : manuel (imprimé en format paysage, c'est rare)

 

Référence : les revues de l'époque

  • Essai "exclusif" de l'Ordinateur Individuel n°46 page 136 (mars 1983), avec sa très optimiste appréciation sur la fiabilité du Wafertape !
  • Coup d'oeil de l'Ordinateur de Poche n°13 page 38 (mai 1983)
  • Article "Un faux bond" relatif à l'arrêt de sa commercialisation, dans l'Ordinateur de Poche n°18 page 18 (novembre 1983)
  • Publicité : voir celle de la Règle à Calcul dans l'Ordinateur de Poche n°16 page 12 (septembre 1983)

 

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