ico ti58Sorties en 1977, les Texas Instruments Programmable 58 et 59 étaient à l'époque "the state of the art", les plus performantes de leur époque : même Hewlett-Packard, pourtant créateur de la première machine de poche programmable avec la HP-65, était largué ! Pour deux fois moins cher qu'une HP-67, la TI-59 apportait quatre fois plus de mémoire, et si la TI-58 n'avaitt que le double de mémoire et pas de lecteur de cartes, elle coûtait carrément trois fois moins cher !

 

tilogo

 

Il n'en reste pas moins que ces machines, ayant succédé aux Texas Instruments SR-52 et SR-56, apportaient non seulement une mémoire bien plus grande et un prix plus faible, mais aussi des innovations réelles : des modules préprogrammés (5000 pas de programme !) et à une imprimante alphanumérique. Ces performances, élevées pour l'époque, ont sans doute été longtemps jugées suffisantes par Texas Instruments, puisque la firme n'a pas jugé utile de sortir de nouvelle machine pendant cinq ans, ratant complètement la révolution créée par les HP-41C et autres Sharp PC-1211 : l'alphanumérique et le langage évolué (Basic)...

 

La machine

Dans un boîtier en plastique noir d'un poids rassurant, se trouvent un afficheur à diodes exclusivement numérique (10 chiffres plus 2 pour l'exposant en notation scientifique), quarante-cinq touches (avec touche de fonction seconde 2nd et de fonction inverse INV pour démultiplier les fonctions). Au dos les trappes pour un pack de batteries (qui une fois démonté permet d'accéder à la connexion imprimante) et pour un module préprogrammé, appelé "Solid State Software" par TI. La TI-59 apporte en prime un lecteur de cartes magnétiques totalement intégré au boîtier, seules deux fentes latérales permettant l'entrée et la sortie de la carte en révèlent l'existence. A noter qu'entre l'afficheur et le clavier, est ménagé un très pratique espace où l'on peut glisser la carte magnétique ou une carte aide-mémoire, et chaque module préprogrammé était d'ailleurs livré avec une carte aide-mémoire par programme disponible.

Ces machines étaient livrées avec un module de base "Master Library" avec ses 25 cartes aide-mémoire (plus 8 aide-mémoire vierges) et son étui, ainsi qu'avec un étui bien conçu, permettant de ranger la machine et un étui de module. Plus un jeu de cartes magnétiques et carte de nettoyager pour la TI-59, lecteur de cartes oblige.

 

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TI-58, module de base ML-01, quelques cartes :
aide-mémoire (noires) du module, vierges (jaunes)

 

Utilisation directe

En fait, ces machines pouvaient être utilisées de trois manières :

  • Calcul direct, avec les capacités d'une bonne machine scientifique (trigonométrie, puissances, logarithmes, statistiques sur deux variables, notation scientifique ou ingénieur, etc...) et la facilité de l'entrée des calculs selon la priotié algébrique (système AOS de TI)
  • Modules préprogrammés : avec un choix de treize modules préprogrammés par TI, plus la possibilité de faire réaliser des modules "sur mesure", il suffisait d'appeler le programme voulu du module concerné (par l'ordre 2nd Pgm xx) pour exploiter une application déjà prête, sans avoir besoin d'apprendre à programmer ; cette utilisation sera tellement importante qu'elle justifiera la fabrication d'un dérivé de TI-58 a clavier simplifié, destinée uniquement à l'exploitation des programmes contenus dans le module enfiché. Et pour les applications ne justifiant pas la fabrication d'un module, la TI-59 et ses cartes magnétiques pouvait être exploitée de la même manière.
  • Programmation : voir ci-après...

 

Programmation

En langage-machine spécialisé certes, mais complet : tests, ordres de branchement absolus (numéro de pas) ou symbolique (étiquette), compteur de boucles, adressage indirect des mémoires, drapeaux et branchements, sous-programmes, neuf drapeaux et pour l'exécution, accès direct à dix labels par touches de fonction (les touches A à E et A' à E' de la première ligne), et comme si cela ne suffisait pas, non seulement la fonction Op suivie d'un argument de 00 à 39 permet d'accéder à quarante fonctions supplémentaires, mais les routines préprogrammés du module enfiché sont elles aussi disponibles à partir du programme en mémoire ! Le tout avec 480 pas de programme (960 pour la TI-59) pouvant être transformés en variables (par paquet de 10, coûtant 80 pas). Ce qui laisse pas mal d'espace pour des programmes sérieux, mais avec une contrainte de taille : cette mémoire n'est pas constante, dès l'extinction de la machine, tout est à retaper ! Heureusement, le lecteur de cartes magnétiques de la TI-59 permet de recharger facilement un programme (d'autant que la totalité de la mémoire tient sur 4 pistes, soit 2 cartes). Accessoirement, la vitesse d'exécution d'un programme n'en faisait pas des foudres de guerre !

Mais toujours uniquement en numérique, entrées comme sorties...Seule l'imprimante était capable d'écrire des textes, mais au prix d'un codage de chaque caractère, une manipulation très lourde et coûteuse en pas de programme, mais une possibilité unique à l'époque de la sortie de ces machines de poche.

Même son éditeur est correct pour l'époque : SST et BST pour se balader dans la liste (malheureusement pas à répétition), Ins et Del pour insérer ou détruire un pas de programme. Bien sûr, celui-ci s'affiche sous forme de codes : numéro de pas sur trois chiffres, suivis de deux chiffres représentant une touche (le premier étant celui de la ligne et le second celui de la colonne du clavier, augmenté de 5 si c'est une fonction seconde) et éventuellement de son argument sur le ou les pas suivants. Par exemple, 011 35 signifie qu'au pas n°11, il y a 1/x (troisième ligne, cinquième colonne), et de même, les pas 014 43 et 015 12 signifient STO 12 (pas de codes combinés comme pour la TI-57). Seul bémol, la machine avançant systématiquement au pas suivant lors de la saisie, on se retrouve en permanence avec des zéros à l'affichage en mode programmation...

 

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TI-58 C et carte aide-mémoire du programme n°21 du module de base ML-01 sur son support
(ce n'est pas le lecteur de cartes magnétique, qui est sur le côté)

 

Périphériques dédiés

  • L'imprimante PC-100A, B ou C est un imposant et coûteux berceau non autonome (branchement sur secteur obligatoire), servant de support antivol pour la TI-58 ou 59 (ne pas perdre les clés !), de station de recharge du pack d'accumulateurs et d'imprimante. Pour imprimer la liste du programme de manière lisible mais encombrante (800 pas de programme prennent trois mètres et demi de papier !), mais aussi tracer des courbes rudimentaires (2nd Op 07 imprime une étoile dans la colonne dont le numéro est à l'affichage) et même du texte...Mais là, retroussez vos manches : il faut d'abord coder chaque caractère sur deux chiffres (code des lettres A:13, B:14 et ainsi de suite ; mais code des chiffres 0:01, 1:02...) puis introduire ces codes par tranche de cinq caractères dans les quatre quarts du registre d'impression (par 2nd Op 01 à 04) avant de demander l'impression du tout par 2nd Op 05 ! Difficile d'imaginer système plus compliqué et laborieux, et pourtant en 1977 c'était un progrès...A noter que cette imprimante thermique recèle une curiosité, unique dans le mode des ordinateurs de poche : son mécanisme d'impression n'est pas une tête se déplaçant le long du papier, mais une rangée de points imprimant d'un coup toute une ligne (technologie "Line Printer"). Elle a existé en versions PC-100 (prévue pour les SR-52 et 56, elle n'a pas de capacité d'écriture de textes), PC-100A, B et C (concues pour les TI-58 et 59, ne différant que par leur électronique interne).
  • Les modules Solid State Software d'origine Texas Instruments : au nombre de 13 (Master Library, Applied Statistics, Real Estate Investment, Surveying, Aviation, Leisure Library, Securities Analysis, Business Decisions, Math Utilities, Electrical Engineering Library, Structural Engineering, Agriculture et RPN Simulator), ils fournissent chacun 5000 pas de programmes tout prêts dans des domaines aussi variés que la technique, les mathématiques ou la finance...D'origine était fourni le module Master Library.
  • Les modules Solid State Software "custom" fabriqués par Texas Instruments pour le compte de ses clients : de nombreuses banques, compagnies d'assurance, administrations et même l'USMC (le Marine Corps américain) pour calculer les paramètres de vol des AV-8 Harrier...
  • Enfin, il convient de signaler un étonnant périphérique construit en collaboration entre Texas Instruments (fournissant la base de connexion similaire à celle des PC-100) et l'entreprise française Pierre Debecker : une interface vidéo ! Mise au point très tardivement en 1982, elle reste tellement rarissime que sa commercialisation effective n'est pas avérée.

 

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TI-59 sur son imprimante antivol PC-100 : réellement intransportable...

 

Quelques ruses

En jouant un peu de son éditeur, il était possible de créer des codes non disponibles au clavier, c'est un peu de la programmation synthétique avant l'heure (voir HP-41C). L'intérêt de cette manipulation est double :

  • D'une part, programmer des arguments théoriquement impossible. Par exemple, le manuel prévoit l'utilisation de Dsz uniquement sur les mémoires 0 à 9, mais l'on peut contourner le phénomène, en tapant 2nd Dsz STO 56 BST BST 2nd Del qui ne laisse que les codes 97 (Dsz) et 56 (numéro de mémoire qui fera l'objet du Dsz) !
  • D'autre part, accéder à un ordre extrêmement puissant, non documenté par TI : HIR (code 82) par STO 82 BST BST 2nd Del ! Cette fonction, signifiant Handling on Internal Registers, permet d'accéder aux huit registres AOS internes de la machine. Son usage est acrobatique, mais peut se révéler très pratique. Texas Instruments ne reconnaîtra jamais officiellement l'existence de cet ordre, mais l'utilise pourtant, notamment dans ses modules Solid State Software...

Par contre, ne pas attendre de miracle du (rare, et pour cause) module RPN Simulator dont le nom est relève plus de la publicité mensongère que d'autre chose. En effet, le programme qu'il contient se contente de traduire des codes de HP-67 en codes (non optimisés !) pour TI-58/59, qu'il faut alors réintroduire dans la TI (en faisant au passage la traduction des codes en touches !) pour obtenir un programme exécutable. "Traducteur" à la rigueur, mais pas "simulateur" !

 

Evolution

Des versions au clavier simplifié de la 58, destinées uniquement à exécuter les programmes contenus dans un module préprogrammé, ont vite vu le jour et intéressé aussi bien des banques, des assurances, administrations...

En 1979, le principal défaut de la TI-58 est enfin corrigé, avec son remplacement par la TI-58C Programmable, C comme Constant Memory (mémoire constante) ! Malheureusement, la TI-59 ne bénéficiera jamais de ce perfectionnement.

Sa modernisation verra le jour en 1983, ce sera la TI-66 Programmable, reprenant les mêmes fonctions et performances que la TI-58C (même sa lenteur) dans un joli boîtier extraplat doté d'un afficheur à cristaux liquides affichant en clair les fonctions (mais pas plus d'alphanumérique !), mais perdant la capacité à recevoir des modules "Solid state software" (on a rien sans rien)...

Enfin, vers 1987 apparaîtra ce que l'on peut considérer comme le successeur de la série 58/59 : le TI-95 ProCalc (95 comme une 59 à l'envers), compatible au niveau LMS avec ses ancêtres, terriblement plus performant, mais apparu tellement trop tard...

Pour les amateurs de versions exotiques, à noter la commercialisation pour le marché... hongrois (!) de la TI-59 rebadgée Hiradàstechnika PTK-1096 et de la PC-100A rebadgée Hiradàstechnika KA-100.

 

Le coin du collectionneur

Ces machines ne sont pas rarissimes, mais assez difficile à trouver en bon état de marche, leur vieillissement n'ayant pas été heureux : les claviers souffrent de rebond ou de mauvais contacts, le lecteur de cartes de la TI-59 est très souvent inopérant (vieillissement du galet d'entraînement des cartes) et ses cartes magnétiques sont quasi-introuvables. L'imprimante PC-100A, B ou C n'est pas mieux lotie : les éléments chauffants du mécanisme d'impression ont une facheuse tendance à ne plus fonctionner, et son papier thermique d'une largeur originale : 2.5" (soit 63.5mm) n'est plus fabriqué !

Et attention à un gag très contrariant : une TI-58 ou 59 fixée à son berceau imprimant PC-100A, B ou C est impossible à retirer sans la clé du PC-100 (et contrairement à ce que l'on penserait, il s'agit d'une vraie serrure, pas d'une clé passe-partout !). Pas de clé : à fuir, de même que les PC-100 "tout court" qui n'ont pas la capacité d'imprimer un texte !

Enfin, attention au voltage de l'adaptateur-secteur et du PC-100 (110 ou 220 V, anglo-américain ou européen ?).

Datation : le numéro de production composé de trois lettres et de quatre chiffres permet de retrouver la semaine et l'année de production : ainsi, ATA1282 signifient 12ème semaine (mars) de 1982.

 

Caractéristiques : Texas Instruments TI-58, 58C, 59 Programmable

TI-58 - Première acquisition :
TI-58C - Généreux donateurs : Manuel Sanchez, Clément Chauvet (août 1992)
TI-59 - Première acquisition : décembre 1997

Microprocesseur : TMC 0501 4 bits à 277 KHz (59)
Système de calcul : priorité algébrique avec les quatre opérations, puissance, fonctions trigonométriques et leurs inverses (en degrés, radians ou grades), conversion polaire -> rectangulaire et inverse, conversions décimal ->sexagésimal et inverse, logarithme et exponentielle, racine carrée, puissance, signe, valeur absolue, partie entière sur 13 chiffres significatifs (10 affichés) et exposant +/-99 ; fonctions statistiques sur deux variables
Langage de programmation : Langage Machine Spécialisé Texas Instruments
Mémoire : mémoire non constante de 480 pas de programme (TI-58), identique mais constante (TI-58C), non constante de 960 pas de programme (TI-59)
Afficheur : à diodes électroluminescentes rouges 7 segments, 1 ligne de 10+2 chiffres (pour l'exposant), indicateur C signifiant un programme en cours d'exécution

Lecteur de cartes magnétiques : incorporé (TI-59), 2 pistes par carte, 2 cartes nécessaires à l'enregistrement de la totalité de la mémoire (programme et/ou données)
Connecteurs : 8 contacts spécifique Solid State Software, 11 contacts spécifique PC-100, 2 contacts pour bloc d'accumulateurs BP-1A ou PC-100, prise spécifique pour charger
Dimensions : 163x82x37mm
Poids : 240 g.
Alimentation : bloc d'accumulateurs BP-1A (renfermant trois unités Nickel-Cadmium type KR-06)
Chargeur : Texas Instruments AC9900/R à prise spécifique
Autonomie : 3 heures

Accessoires d'origine : étui, manuel, chargeur, module Master Library, son étui, ses 25 cartes aide-mémoire + 8 vierges, son manuel et un guide de référence rapide ; cartes magnétique et de nettoyage (TI-59 uniquement)
Date de sortie en France : 1977
Prix public : TI-58 : 795 francs, TI-59 : 1995 francs (décembre 1978)

 

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Légende :

1 : TMC0501, microprocesseur
2 : TMC0582 + 0583 superposés, ROM microprocesseur
3 : deux TMC0598 superposés, RAM
4 : TMC0571, BROM additionnelle (imprimante)
5 : TP0335, circuit d'horloge
6 : deux 27882N, commande de l'afficheur
7 : deux contacts d'alimentation, celui repéré est le pôle (+)
8 : onze contacts de transmission de l'imprimante

Par le nombre et le type des circuits, on peut identifier une carte-mère de 58 (deux RAM TMC0598 au lieu de quatre pour une 59 ; la 58C utilise quant à elle un seul TC5047 RAM en technologie CMOS pour rester constante, et d'autres circuits : CD2400/2401 au lieu desTMC0582/0583, etc...)

A noter tout en bas les huits gros contacts, destinés aux modules "Solid State Software" qui ne sont en réalité qu'un circuit TMC0540 enchâssé sous plastique, et sur le côté gauche les deux broches de connexion de l'adaptateur-secteur..

 

 

 

 

Caractéristiques : Texas Instruments PC-100A, B, C

Impression : matricielle en ligne 1x120 thermique, 20 caractères par ligne, 64 caractères en matrices 5x7, non graphique
Vitesse : 60 caractères par seconde

Dimensions : 287x264x104mm
Poids : 2470 g.
Alimentation : sur secteur 110V ou 220V suivant pays de commercialisation

Accessoires d'origine : manuel, housse
Date de sortie en France : 1977
Prix public : 1750 francs (décembre 1978)

 

Référence : les revues de l'époque

  • Publicité "Les programmables" dans L'Ordinateur Individuel n°3 page 31 (décembre 1978)
  • Publicité "Modules préprogrammés" dans L'Ordinateur Individuel n°15 page 100 (mars 1980)
  • Publicité "Superpuissances" dans L'Ordinateur Individuel n°22 page 31 (novembre 1980)
  • "Qu'y a t'il dans une TI-58 et dans une TI-59 quand on les ouvre ?" dans l'Ordinateur de Poche n°7 page 36 (juillet-août 1982)
  • Démontage du lecteur de cartes de la TI-59 dans l'Ordinateur de Poche n°9 page 54 (novembre-décembre 1982)
  • Démontage de l'imprimante PC-100 dans l'Ordinateur de Poche n°11 page 38 (mars 1983)

 

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