DRI : Histoire d'un pionnier

 

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A la découverte du microprocesseur

Lorsque la toute jeune société Intel sort le premier microprocesseur, le 4004, aucune application concrète ne l’utilise. Il faut trouver des visionnaires pour en faire quelque chose d’exploitable, pour donner naissance à la micro-informatique.

Gary Kildall (1942-1994) est l’un d’eux. Lorsqu’il découvre fin 1971 dans le magazine Electronic News, une publicité vantant les mérites de l’Intel 4004, il comprend qu’il peut créer un système de calcul simple. La tâche est complexe, ce processeur 4 bits est fort peu puissant. Persévérant, Gary contacte Intel jusqu’à devenir consultant pour eux. Le 1er avril 1972, le nouveau 8008 est prêt. Gary conçoit et réalise un langage de simulation sur gros système adapté au 8008. Le PL/M (Program Language/ Microprocessor) lui permet de créer plus rapidement des programmes pour ce processeur. Intel lui prête même une machine Intellec-8 pour faire ses tests.

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Intergalactic Digital Research

L’évolution est rapide. Le 8080 sort deux ans après le 8008. Il est dix fois plus puissant. Pour tirer pleine puissance de ce nouveau processeur, il faut réaliser un système disposant d’un stockage adapté. Les cartes magnétiques sont franchement peu performantes. A cette époque IBM travaille sur les premiers disques magnétiques. Gary contact Alan Shugart qui conçoit des systèmes de sauvegardes avec des disquettes souples. Grâce à un ami électronicien, John Torode, Gary va disposer du premier micro ordinateur avec lecteur de disquettes 8 pouces.

En parallèle, Gary décide d’utiliser son micro-ordinateur pour créer une machine dédiée à l’étude d’horoscopes. Espérant vendre son Astrology Machine, Gary crée tous les outils nécessaires à un système moderne, assembleur, éditeur, débugger… Ce projet sera un flop.

L’Intellec-8 avec lecteur de disquettes et les outils créés pour l’Astrology Machine forment un système complet et intéressant. Gary les propose à Intel. Bob Noyce, PDG, refuse. Les micro-ordinateurs ne sont pas leur axe de développement. Intel préfère développer l’électronique embarquée, plutôt que l’informatique grand public.

Fin 1974, il fonde alors une société pour exploiter ses réalisations, Intergalactic Digital Research. Il baptise son système d’exploitation CP/M pour Control Program / Monitor (ou Microcomputers, selon certaines sources)

Il va vendre le système sous licence à de nombreux constructeurs. En 1977, c’est à bas prix que Gary va proposer son logiciel à IMSAI, le célèbre concurrent d’Altaïr. Cette machine à succès va permettre au CP/M d’être largement diffusé. Les affaires marchent forts. Il est temps de faire sérieux et d’abandonner l’Intergalactic au vide sidéral. Digital Research Inc. (DRI) se développe exponentiellement.

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CP/M , premier système multiplates-formes

CP/M va faire des émules, Gary va l’améliorer. Toujours en avance, il conçoit de rendre indépendant le système du matériel, grâce à une couche réduite de gestion des entrées sorties, le BIOS (Basic Input/Output). Ce concept permet d’assurer un portage rapide de CP/M sur des systèmes hétérogènes. La grande majorité des systèmes à base de 8080 aura une version. Le prix est bas, environ $70.

En 1979, les versions 2.0 puis 2.2 sortent. Les ordinateurs les plus diffusés n’y échapperont pas. En 1980, c’est même au tour de l’Apple II. Grâce à la Softcard, basée sur un Zilog Z80, Microsoft diffuse CP/M sous licence à plus de 200000 exemplaires. Le succès est total.

Ce ne sera qu’en 1982 que la version 3.0 sort. Appelée aussi CP/M Plus, elle arrive trop tard, un an après le PC. Les ordinateurs les plus célèbres qui l’emploient sont les Amstrad CPC et PCW, ainsi que le Commodore 128.

Un DOS pour l’IBM PC

En 1980, IBM s’intéresse enfin aux micro-ordinateurs. Le CP/M est le système présagé pour équiper son futur Personal Computer (PC). Mais DRI rate le contrat à cause de malentendus. IBM se tourne alors vers Microsoft. Ce dernier propose le QDOS (Quick & Dirty Operating System) d’un inconnu, Tim Paterson. Il s’agit d’un clone de CP/M, écrit pour le processeur 16 bit d’Intel, le 8086, sorti en juin 1978. Le MS-DOS assurera le succès à Microsoft.DRI perd à cette époque sa position dominante sur le marché, malgré l’introduction de nouveaux produits, MP/M le CP/M multi-utilisateurs, Concurrent CP/M le multi-tâches et Concurrent DOS, un DOS multi-applicatif.

Gary continue. Il crée pour son fils le DR-Logo, langage à la mode au début des années 80. DRI planche sur une interface graphique, comme celle du Macintosh. GEM (Graphical Environment Interface) est présenté au COMDEX en novembre 1983 et vendu dès le printemps. Trop ressemblant au MacOS, il sera modifié en conséquence. On rêve, sachant que les concepts incriminés, comme la poubelle, ont déjà été pompés chez Xerox.

GEM a quand même été largement diffusé, sur PC notamment avec le produit de PAO Ventura Publisher de Xerox. Les Amstrad PC et les Atari ST ont eu droit à leur version. Malheureusement, GEM n’a su évoluer, DRI était devenue pachydermique, ne sachant répondre aux souhaits des utilisateurs. Le marketing et la diffusion ne soutiendront pas assez le produit. Microsoft sort son Windows au printemps 1985 qui englouti vite GEM. En 1990, les affaires vont mal et Gary vendra à Novell, alors en appétit. Gary Kildall se retire et meurt accidentellement en 1994 d’une hémorragie cérébrale. Une page est écrite.