C'est en fait l'histoire d'une longue recherche : désespéré de ne voir passer que des Sharp EL-5150 hors de prix pendant des années, j'ai fini par trouver mon bonheur...ou presque sur la baie : $31 fdpin. Presque, car si l'objet du délit était fonctionnel, il était aussi en bien triste état


Surtout si l'on regarde de plus près :
- trois cassures et une rayure sur l'écran (heureusement l'afficheur n'a rien, lui...),
- des rayures profondes partout, et l'aluminium poli à l'usage (partie basse),
- inscriptions effacées (touches 2ndF FSE HYP LOG 6 0 . , = DEL) et sur la façade (autour du clavier numérique),
- vieux scotch partout (sur tous les bords et au dos),
- et la crasse (interrupteur notamment) :


Il faut vraiment faire quelque chose pour cette pauvre bête ! J'ai alors sorti de quoi lui redonner une nouvelle jeunesse (mais pas de le remettre à neuf : à ce niveau de dégâts, il en faut pas rêver : une rayure profonde restera !). Voici donc mes instruments de torture spécial pockets :

Alors, quand y faut, y faut : on démonte complètement (sans soucis, c'est simplement vissé), et on attaque la carrosserie :

D'abord un énergique nettoyage à l'alcool à brûler, qui permet au passage de virer une partie du scotch (grâce aussi à deux ongles cassés à force de gratter) ; ensuite, le scotch restant et les traces d'adhésif partent au white spirit...sauf une : l'étiquette rectangulaire au dos, réfractaire à toutes les tentatives (j(ai même essayé le décapeur thermique !). Plus le choix, il faut attaquer à l'acétone pour faire fondre ce &%§¤ de scotch... J'y suis arrivé, mais en bouffant une partie de la sérigraphie du dos (les traits parallèles).
Ensuite, travailler les rayures profondes : compte-tenu des zones grisées de la façade, il n'y a que sur l'alu pur que l'on peut intervenir. Donc les rayures sous l'interrupteur resteront, mais celles situées entre les touches numériques peuvent être atténuées au papier à l'eau 600 puis 1000, en caressant doucement du coin de l'abrasif (l'idée étant de faire un dégradé entre la zone non rayée et la rayure, pour atténuer l'effet. Après, dépolir toutes les zones trop brillantes (bas du clavier en particulier), toujours au papier à l'eau. Doucement, très doucement, il faut savoir s'arrêter quand c'est atténué, car il est impossible de retrouver le fini d'origine de toute manière.
Enfin, polissage : après avoir humidifié légèrement, brosse à dents et dentifrice, que c'est long (puisqu'entre deux passages il faut rincer abondamment puis attendre le séchage pour voir l'effet obtenu). Alors, entre-deux, on s'occupe des touches :

Nettoyage une par une à l'alcool à brûler sur toutes leurs faces (et il y a 65 touches), puis refaire les inscriptions : celles en noir peuvent se faire au marqueur à pointe ultrafine, celles en blanc doivent se faire à la peinture. Pour y arriver, il faut prendre un pinceau assez gros (n°4) qui a encore sa pointe, et la durcir (un peu de colle à bois diluée), le but du jeu étant d'avoir une pointe dure mais qui prend quand même la peinture. Mais de toute façon, il y aura des débordements, d'où l'intérêt des lames pour gratter (le plastique des touches est teinté dans la masse, quand on gratte doucement avant séchage, cela ne le raye pas). Malgré mes précautions, le S de la touche FSE n'est pas formidable, et le 2ndF est d'un trait trop épais. Merci en passant à Pocket, dont l'image imprimée m'a servi de référence (et m'a permis de trouver que la touche complètement effacée était une virgule).
Et on revient au boîtier, on repolit là ou ce n'est pas assez uniforme, jusqu'à obtenir quelque chose de pas impeccable, mais de régulier :

Reste à repeindre les inscriptions effacées (autour du pavé numérique notamment), et pour cela faire un savant mélange pifométrique pour cette fichue teinte bistre/orange/beigeouille que Sharp appelle "marron" (page 9 du manuel US). Et même principe que pour les touches : pinceau à pointe dure, mais attention ; grattage des débordements risqués, puisque sur l'aluminium (j'ai ainsi raté l'inscription M.CK).
Et pour se reposer les yeux après ça, on s'attaque à l'écran. Comme il est fendu à trois endroits, il est nécessaire de le remplacer. Heureusement, il est bêtement rectangulaire, avec des bords un poil amincis mais on pourra faire sans. Le problème est de trouver un plastique de même épaisseur, et impeccable... Après moult recherches, j'ai fini par trouver : un boîtier de CD tout simplement : encore emballé, il n'a pas de rayure possible et l'épaisseur est idéale. Seul problème, le découpage. Avec un X-Acto en traçant (autour de l'ancien écran servant de gabarit) le pourtour des deux côtés, on arrive à casser le plastique, mais il est tellement cassant qu'il m'a fallu quatre essais pour obtenir çà :

Voilà, tout est prêt pour le remontage...Heu, il y a pas quelque chose dedans ? Ah si :

Là, pas grand chose à faire : dépoussiérage, nettoyage des tapis de contact à l'alcool à brûler (attention, matériau très sensible : jamais d'essence, de silicone ou de white spirit là-dessus).
Ensuite, le remontage (comme le démontage) n'appellent pas de commentaires particuliers : c'est du Sharp, donc simple et vissé. Juste à faire attention au ressort de contact de masse, qui doit être mis avant les tripes pour qu'il puisse aller de la façade avant à la façade arrière. En tous cas, pas un seul pas de vis foiré, je me demande à quoi pouvait bien servir tout le scotch qui le recouvrait...
Plus qu'à remettre des piles, passer un petit coup de brillant silicone (celui pour tableaux de bord), mais seulement un petit coup : pulvériser sur essuie-tout, caresser les touches et le boîtier, puis absorber et essuyer tout résidu.
Et voici le résultat

Et pour se faire une idée, un portrait de famille avec son grand frère EL-5100 :

Evidemment, sous une lumière moins flatteuse, les différences subsistent :

Mais ce Sharp 5150 est devenu présentable. Après tout, il ne m'a coûté que 30 dollars...et neuf heures de travail

















